Dessins rapides et touchants, installations engageantes et dérangeantes, actions dérisoires ou spectaculaires, photographies et vidéos de petites prouesses, voyages insolites, affiches à slogans, etc. : sans formes spécifiques, les œuvres de Tere Recarens, déterminées et spontanées, sont au service de l’échange simple, direct et efficace. Certaines de ses actions s’avèrent doucement kamikazes : sauter, aussi bien d’un escalier (Fall in Love, 1999) que d’un avion (Beserein (Immaculatly Clean), 2003)[1]. D’autres semblent solitaires et contre-productives : tourner sur soi-même jusqu’à la chute (Tomber, 1997), dériver en montgolfière avec deux amies (Getting Lost Together, 2008). Pourtant, ces défis, qu’ils soient grandioses ou absurdes, se font toujours au bénéfice d’un groupe ou d’un specta

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  • Dessins rapides et touchants, installations engageantes et dérangeantes, actions dérisoires ou spectaculaires, photographies et vidéos de petites prouesses, voyages insolites, affiches à slogans, etc. : sans formes spécifiques, les œuvres de Tere Recarens, déterminées et spontanées, sont au service de l’échange simple, direct et efficace. Certaines de ses actions s’avèrent doucement kamikazes : sauter, aussi bien d’un escalier (Fall in Love, 1999) que d’un avion (Beserein (Immaculatly Clean), 2003)[1]. D’autres semblent solitaires et contre-productives : tourner sur soi-même jusqu’à la chute (Tomber, 1997), dériver en montgolfière avec deux amies (Getting Lost Together, 2008). Pourtant, ces défis, qu’ils soient grandioses ou absurdes, se font toujours au bénéfice d’un groupe ou d’un spectateur, de sa participation, de son soutien et de son amusement. Autoproclamée « Sportkünstlerin[2] », l’artiste jouerait donc dans la catégorie « sports d'équipe », suscitant la rencontre amicale et festive. Et pour conquérir ses supporters, elle soigne son charisme de championne. Championne du fair play et de la bonne ambiance, quand, photographiée dans les airs, elle est portée en triomphe par les vigiles de PS1 à New York après que son projet de sauter du bâtiment lui eut été interdit (I was ready to jump, 1999). Ou, championne de réunion de service, défiante working girl à talons, perchée sur des piles de dictionnaires comme pour mater les langues (Miss Work, 2005). L’humilité décrite par Spinoza comme « la tristesse qui naît de ce que l’homme considère son impuissance ou sa faiblesse[3] » serait donc balayée par Tere au profit d’une ambition joyeuse et dégourdie : un zeste de mégalomanie, joué pour susciter la rencontre. D’origine espagnole, l’artiste parle allemand, anglais ou français comme on pratique un sport aux règles étrangères : avec énergie et sans ménagement. L’intégration linguistique passant pour la clé de l’intégration culturelle, Tere débusque ou immisce les lettres de son prénom dans des jeux de mots subliminaux. Elle part par exemple à la rencontre des Estoniens pour qui tere signifie bonjour. Caméscope en main, elle salue les passants, assurée d’être doublement accueillie (ETC., 2002). Apprenant plus tard que son prénom a une signification spéciale au Mali, elle se rend à Bamako où elle découvre le concept du tere : prédestination à la bonne ou mauvaise fortune, il s’agit de l’aura bénéfique ou néfaste propre à chacun. La vidéo Maa tere manalen (2008) retrace son initiation aux croyances des Bamanan, pour qui l’individu soumis à son bon ou mauvais tere est plongé dans « une atmosphère d’insécurité permanente ». Affranchie de ce fatalisme et diagnostiquée comme « quelqu’un ayant un tere allumé » (Maa tere manalen), l’artiste s’agite joyeusement et cesse d’être une simple touriste en produisant sur place un tissu distribué aux figurants en échange de leur participation. Dans la rue, lors d’un concert ou dans l’atelier de confection, les Bamakois apparaissent donc vêtus et coiffés de ce tissu spécial : le motif dessiné par Tere – un homme ramassant des mangues – y apparaît recto verso, accompagné sur chacun des côtés des légendes Tere numan - Maa tere manalen (bon tere - quelqu’un ayant un tere allumé ) et Tere jugu - Maa tere manalen (mauvais tere - quelqu’un ayant un tere allumé ). Un revers de la médaille dont on ignore l’endroit, car là-bas les vêtements se portent d’un côté comme de l’autre. Avec les vieux tissus qu’elle a troqués aux habitants contre ses propres chutes, l’artiste confectionne une tente pour projeter son film, dans laquelle elle taillera ensuite les voiles d’un bateau. Selon un activisme exalté et amical, tout se transforme chez Tere Recarens – les significations, les situations et les relations – sans que jamais rien ne se perde dans une agitation gratuite. L’objectif secrètement spinoziste étant finalement d’accroître la puissance d’être de chacun, par le déplacement, l’échange et la rencontre. Hélène Meisel pour le FRAC Bourgogne [1]. Sauter, pour le vertige et l’exaltation, comme l’artiste taïwanais Tehching Hsieh le fit en 1974 en se jetant du bateau à l’approche des côtes américaines. [2]. « Artiste sportive » en allemand. [3]. Baruch Spinoza, « De l’origine et de la nature des sentiments » (1677), in L’Éthique, coll. Folio essais, 2002, Gallimard, Paris, p. 251. (ca)
  • Dessins rapides et touchants, installations engageantes et dérangeantes, actions dérisoires ou spectaculaires, photographies et vidéos de petites prouesses, voyages insolites, affiches à slogans, etc. : sans formes spécifiques, les œuvres de Tere Recarens, déterminées et spontanées, sont au service de l’échange simple, direct et efficace. Certaines de ses actions s’avèrent doucement kamikazes : sauter, aussi bien d’un escalier (Fall in Love, 1999) que d’un avion (Beserein (Immaculatly Clean), 2003)[1]. D’autres semblent solitaires et contre-productives : tourner sur soi-même jusqu’à la chute (Tomber, 1997), dériver en montgolfière avec deux amies (Getting Lost Together, 2008). Pourtant, ces défis, qu’ils soient grandioses ou absurdes, se font toujours au bénéfice d’un groupe ou d’un spectateur, de sa participation, de son soutien et de son amusement. Autoproclamée « Sportkünstlerin[2] », l’artiste jouerait donc dans la catégorie « sports d'équipe », suscitant la rencontre amicale et festive. Et pour conquérir ses supporters, elle soigne son charisme de championne. Championne du fair play et de la bonne ambiance, quand, photographiée dans les airs, elle est portée en triomphe par les vigiles de PS1 à New York après que son projet de sauter du bâtiment lui eut été interdit (I was ready to jump, 1999). Ou, championne de réunion de service, défiante working girl à talons, perchée sur des piles de dictionnaires comme pour mater les langues (Miss Work, 2005). L’humilité décrite par Spinoza comme « la tristesse qui naît de ce que l’homme considère son impuissance ou sa faiblesse[3] » serait donc balayée par Tere au profit d’une ambition joyeuse et dégourdie : un zeste de mégalomanie, joué pour susciter la rencontre. D’origine espagnole, l’artiste parle allemand, anglais ou français comme on pratique un sport aux règles étrangères : avec énergie et sans ménagement. L’intégration linguistique passant pour la clé de l’intégration culturelle, Tere débusque ou immisce les lettres de son prénom dans des jeux de mots subliminaux. Elle part par exemple à la rencontre des Estoniens pour qui tere signifie bonjour. Caméscope en main, elle salue les passants, assurée d’être doublement accueillie (ETC., 2002). Apprenant plus tard que son prénom a une signification spéciale au Mali, elle se rend à Bamako où elle découvre le concept du tere : prédestination à la bonne ou mauvaise fortune, il s’agit de l’aura bénéfique ou néfaste propre à chacun. La vidéo Maa tere manalen (2008) retrace son initiation aux croyances des Bamanan, pour qui l’individu soumis à son bon ou mauvais tere est plongé dans « une atmosphère d’insécurité permanente ». Affranchie de ce fatalisme et diagnostiquée comme « quelqu’un ayant un tere allumé » (Maa tere manalen), l’artiste s’agite joyeusement et cesse d’être une simple touriste en produisant sur place un tissu distribué aux figurants en échange de leur participation. Dans la rue, lors d’un concert ou dans l’atelier de confection, les Bamakois apparaissent donc vêtus et coiffés de ce tissu spécial : le motif dessiné par Tere – un homme ramassant des mangues – y apparaît recto verso, accompagné sur chacun des côtés des légendes Tere numan - Maa tere manalen (bon tere - quelqu’un ayant un tere allumé ) et Tere jugu - Maa tere manalen (mauvais tere - quelqu’un ayant un tere allumé ). Un revers de la médaille dont on ignore l’endroit, car là-bas les vêtements se portent d’un côté comme de l’autre. Avec les vieux tissus qu’elle a troqués aux habitants contre ses propres chutes, l’artiste confectionne une tente pour projeter son film, dans laquelle elle taillera ensuite les voiles d’un bateau. Selon un activisme exalté et amical, tout se transforme chez Tere Recarens – les significations, les situations et les relations – sans que jamais rien ne se perde dans une agitation gratuite. L’objectif secrètement spinoziste étant finalement d’accroître la puissance d’être de chacun, par le déplacement, l’échange et la rencontre. Hélène Meisel pour le FRAC Bourgogne [1]. Sauter, pour le vertige et l’exaltation, comme l’artiste taïwanais Tehching Hsieh le fit en 1974 en se jetant du bateau à l’approche des côtes américaines. [2]. « Artiste sportive » en allemand. [3]. Baruch Spinoza, « De l’origine et de la nature des sentiments » (1677), in L’Éthique, coll. Folio essais, 2002, Gallimard, Paris, p. 251. (ca)
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  • Dessins rapides et touchants, installations engageantes et dérangeantes, actions dérisoires ou spectaculaires, photographies et vidéos de petites prouesses, voyages insolites, affiches à slogans, etc. : sans formes spécifiques, les œuvres de Tere Recarens, déterminées et spontanées, sont au service de l’échange simple, direct et efficace. Certaines de ses actions s’avèrent doucement kamikazes : sauter, aussi bien d’un escalier (Fall in Love, 1999) que d’un avion (Beserein (Immaculatly Clean), 2003)[1]. D’autres semblent solitaires et contre-productives : tourner sur soi-même jusqu’à la chute (Tomber, 1997), dériver en montgolfière avec deux amies (Getting Lost Together, 2008). Pourtant, ces défis, qu’ils soient grandioses ou absurdes, se font toujours au bénéfice d’un groupe ou d’un specta (ca)
  • Dessins rapides et touchants, installations engageantes et dérangeantes, actions dérisoires ou spectaculaires, photographies et vidéos de petites prouesses, voyages insolites, affiches à slogans, etc. : sans formes spécifiques, les œuvres de Tere Recarens, déterminées et spontanées, sont au service de l’échange simple, direct et efficace. Certaines de ses actions s’avèrent doucement kamikazes : sauter, aussi bien d’un escalier (Fall in Love, 1999) que d’un avion (Beserein (Immaculatly Clean), 2003)[1]. D’autres semblent solitaires et contre-productives : tourner sur soi-même jusqu’à la chute (Tomber, 1997), dériver en montgolfière avec deux amies (Getting Lost Together, 2008). Pourtant, ces défis, qu’ils soient grandioses ou absurdes, se font toujours au bénéfice d’un groupe ou d’un specta (ca)
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  • Tere Recarens (ca)
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